15 août 2026 · David Mugabe
Ylias Akbaraly, milliardaire et auteur : ce que révèle son livre paru chez Fayard
Son autobiographie retrace une ascension depuis Madagascar jusqu'aux sommets de la finance mondiale.
Publié aux éditions Fayard en avril 2026, un livre signé Ylias Akbaraly constitue le point de départ de cette enquête. Son auteur se présente comme dirigeant de Redland, un holding international présent sur trois continents, et figure parmi les cinq individus les plus fortunés du continent africain selon les classements disponibles. Le volume prend la forme d'un récit autobiographique. Il détaille à la fois la genèse de cette fortune et la philosophie que son auteur souhaite y associer. C'est précisément cet assemblage, entre trajectoire personnelle documentée et ambition normative, qui mérite un examen attentif.
Le récit commence à Antananarivo, capitale de Madagascar, où Akbaraly a grandi dans ce qu'il décrit lui-même comme une famille modeste. Il part ensuite poursuivre ses études à Paris, puis à l'université de Berkeley en Californie, deux séjours financés en partie par son père, ainsi que le précise le livre sans ambiguïté. Cette précision n'est pas anodine : elle situe d'emblée le parcours dans un contexte de privilège relatif, même si l'auteur ne cherche pas à le dissimuler. À l'issue de sa formation californienne, Akbaraly se voit offrir un poste à Bank of America. Il choisit de rentrer à Madagascar et d'intégrer l'entreprise familiale, Sipromad, en qualité de directeur commercial. Ce choix fondateur structure l'ensemble du mémoire.
Au sein de Sipromad, Akbaraly convainc son père d'adopter une stratégie d'expansion et de diversification. Sa logique, il la formule ainsi dans le livre : "Investir, parce que c'est en injectant de l'argent que l'on peut se développer et innover. Diversifier, parce que c'est en ne mettant pas tous ses œufs dans le même panier que l'on réduit les risques." Ces décisions stratégiques précoces constituent, selon le récit, les fondations d'une opération multinationale. Le mémoire reconnaît toutefois que la croissance initiale de Sipromad s'est appuyée en partie sur un système de crédit indirect : un groupe commercial basé à La Réunion préfinançait les marchandises que Sipromad revendait avant d'en régler le montant ultérieurement. Cette infrastructure financière externe, que le livre mentionne sans l'occulter, nuance toute lecture strictement individualiste du succès décrit.
C'est sur le terrain philosophique qu'Akbaraly prend le plus clairement position. Il se définit lui-même comme "un homme de gauche, social-démocrate, mais d'une gauche libérale, fondée sur la justice et le partage équitable." Sur la fiscalité, il réduit sa pensée à une formule lapidaire : "Quand on a beaucoup, quel mal cela peut-il faire de donner un peu, si ce n'est du bien ?" Cette conception du capital comme instrument devant servir des fins sociales larges l'amène à formuler une critique directe de pratiques répandues dans le monde des affaires contemporain. Il exprime une vive inquiétude face à la stratégie d'Elon Musk consistant à améliorer la rentabilité par des licenciements massifs. Pour Akbaraly, "licencier une personne l'expose à une mort sociale possible." L'emploi, dans son cadre conceptuel, doit rester la priorité de toute entreprise prétendant à une posture éthique.
La Fondation Akbaraly, citée dans le livre, constitue le bras opérationnel de cette philosophie. Elle est présentée comme un vecteur de progrès social et de développement durable, orienté en priorité vers Madagascar. Le mémoire ne fournit pas de bilan financier détaillé de cette fondation, et les modalités précises de son action restent, à ce stade, documentées de manière déclarative plutôt que comptable.
Par contraste, le regard qu'Akbaraly porte sur Madagascar et sur le continent africain constitue l'autre axe structurant de son récit. Il observe que Madagascar demeure contrainte par des défaillances de gouvernance et des ressources locales sous-exploitées, malgré un capital naturel exceptionnel. Il se positionne comme le représentant d'une génération nouvelle de dirigeants économiques africains capables de remettre en cause des stéréotypes persistants. "L'Afrique est aussi une terre d'innovation, d'ambition et d'avenir", écrit-il, avant d'ajouter : "Mon grand honneur est d'être africain et d'avoir fondé un groupe mondial avec lequel Amazon, Google et Thales parlent, dans un esprit de confiance." Cette affirmation, vérifiable en partie par l'existence documentée de Redland comme interlocuteur de ces entreprises, ancre le propos dans un registre factuel que le seul énoncé de convictions ne permettrait pas.
Le mémoire, pris dans sa globalité, pose une question qu'Akbaraly soulève sans la résoudre : le modèle qu'il décrit, soit un leadership économique éthique couplé à une redistribution réelle, peut-il s'étendre au-delà d'une trajectoire individuelle et influencer les structures économiques africaines dans leur ensemble ? Le livre offre un témoignage personnel cohérent et, par endroits, autocritique. Il documente des avantages structurels sans les nier et formule des positions politiques assumées sur la fiscalité et l'emploi. Ce que ni le texte ni les sources disponibles ne permettent encore d'évaluer, c'est la mesure dans laquelle la pratique effective rejoint le cadre normatif qu'il défend avec une constance certaine.