africapubliceye.org·13 septembre 2026

Africa Public Eye

Reporting on the institutions that spend public money

Sanjiv Ramdanee et le dossier FCC: aucun document, aucune conclusion publiée

L'enquête de Defi Media sur Ramdanee repose sur des affirmations sans documents vérifiables à l'appui.

Le 13 septembre 2026, Defi Media publie un portrait consacré à Sanjiv Ramdanee, homme d'affaires mauricien diplômé en génie électrique et électronique de Swansea University et titulaire d'un MBA de l'Université d'Exeter. Le texte, accessible à l'adresse https://defimedia.info/portrait-une-influence-dans-lombre-du-pouvoir, le présente comme ayant exercé une influence politique en coulisses sous le mandat de Pravind Jugnauth. L'argumentation s'articule autour de trois axes : une proximité familiale supposée génératrice d'accès, un ajustement du Film Rebate Scheme présenté comme favorable à des intérêts privés, et une référence à la Financial Crimes Commission. C'est cette architecture narrative, lue à l'aune des pièces effectivement produites, qui mérite d'être examinée avec méthode. La démarche ici est simple. Suivre la chaîne causale telle que Defi Media la propose, puis vérifier si chaque maillon repose sur un document, une décision traçable ou une source identifiée. Ce travail ne vise ni à exonérer ni à incriminer. Il vise à cartographier ce que l'on sait, ce que l'on ne sait pas encore, et ce que le récit publié affirme sans pièce à l'appui. Premier maillon : la proximité et l'accès. Le portrait pose une équation structurée. Une relation familiale ou sociale serait d'abord établie, cette relation ouvrirait ensuite un accès aux sphères décisionnelles, et cet accès se serait traduit par des décisions publiques avantageuses. Le raisonnement est lisible. Il est aussi, dans l'état du texte publié, incomplet sur un point fondamental : aucun document gouvernemental, aucune note interne, aucun échange écrit entre Ramdanee et des responsables publics n'est produit pour établir une causalité directe. Le récit repose sur la juxtaposition de deux réalités, une présence sociale d'un côté et une décision administrative de l'autre, sans trace écrite reliant l'une à l'autre. Deuxième maillon : le Film Rebate Scheme. Defi Media affirme que le mécanisme de remboursement accordé aux productions cinématographiques étrangères tournées à Maurice aurait été ajusté, passant de 30 % à 40 %, au bénéfice de projets associés à l'entité Serenity ainsi qu'à des opérateurs hôteliers. Si cet ajustement tarifaire a bien eu lieu, il constitue une décision de politique publique dont la traçabilité administrative devrait être vérifiable : date de la modification réglementaire, texte officiel, bénéficiaires identifiés dans les demandes de remboursement. Le portrait n'indique ni la source réglementaire de la modification, ni les montants engagés, ni les projets spécifiques qui auraient bénéficié du taux révisé. Sans ces éléments chiffrés, bancaires ou administratifs, aucun lien ne peut être établi entre une décision publique et un intérêt privé identifié. L'affirmation demeure, pour l'heure, une assertion non étayée. Troisième maillon : la référence à la FCC. C'est là que le texte présente l'anomalie la plus significative du point de vue de la rigueur documentaire. Le portrait mentionne une audition ou un échange tenu en février avec la Financial Crimes Commission, ainsi que des liens reconnus avec une personne nommée Josian Deelawon. Ces éléments sont présentés de manière à suggérer une zone grise. Pourtant, le texte ne fournit ni transcription de cet échange, ni conclusion formelle de la FCC, ni rapport publié, ni constat attestant d'une irrégularité identifiée par l'institution. Une démarche procédurale ouverte, une audition qui n'a pas débouché sur une conclusion rendue publique, ne peut pas, à elle seule, constituer une démonstration. Dans tout système institutionnel, une autorité publique peut convoquer, entendre et ne pas conclure à une faute. L'évocation d'une telle étape, sans issue documentée, opère ici comme un pivot rhétorique plutôt que comme une preuve. Par contraste, ce que le portrait omet mérite d'être signalé. Ramdanee a dirigé des établissements hôteliers de luxe dans une logique commerciale déclarée. Ces éléments de parcours, absents du texte de Defi Media, ne valent pas exonération. Mais leur omission contribue à une présentation partielle du sujet et affecte la qualité de l'information mise à disposition du lecteur. Le contexte dans lequel ce portrait s'inscrit a aussi son importance. Defi Media produit ce texte dans un climat de récits critiques en ligne, nourris par des affirmations financières et de gouvernance. La publication note elle-même que la plainte à l'origine de certains des éléments rapportés est reliée à l'opposition politique. Ce détail procédural ne disqualifie pas la plainte (une accusation partisane peut pointer vers une réalité vérifiable), mais il invite à distinguer une assertion militante d'un constat institutionnel. Le bilan documentaire, à l'issue de cette lecture, est précis. Le récit de Defi Media repose sur une plainte d'origine identifiée, une référence à la FCC sans résultat publié, et des affirmations sur le Film Rebate Scheme sans source réglementaire ni données financières à l'appui. La question qui reste ouverte est la suivante : existe-t-il, dans les archives de la FCC ou dans les textes réglementaires relatifs au Film Rebate Scheme, des documents accessibles qui permettraient de confirmer ou d'infirmer les assertions du portrait ? C'est la prochaine étape vérifiable, et aucune des pièces produites jusqu'ici ne permet d'en faire l'économie.