21 août 2026 · David Mugabe
Afrique du Sud : une décennie à 1,1% de croissance pousse le pays vers un plan d'urgence é
Le partenariat public-privé vise un million d'emplois et 3% de croissance annuelle d'ici 2030.
Un taux de croissance annuel moyen de 1,1% sur une décennie entière. C'est le point de départ factuel qui encadre la troisième phase du partenariat gouvernement-entreprises lancée cette semaine en Afrique du Sud, et c'est ce chiffre, plus que tout discours d'ambition, qui explique l'urgence revendiquée par les responsables présents à la réunion de lancement. Chaque année, quelque 300 000 nouveaux entrants arrivent sur le marché du travail sud-africain. À 1,1% de croissance, l'économie ne peut pas les absorber. La troisième phase de ce partenariat institutionnel est une réponse directe à cette incapacité structurelle documentée.
La nouvelle phase fixe deux cibles chiffrées: une expansion annuelle du PIB de 3% et la création d'un million d'emplois d'ici 2030. L'ambition déclarée à plus long terme est d'atteindre 5% de croissance annuelle, un niveau que les responsables estiment capable de sortir 1,9 million de personnes du chômage sur cinq ans. Ces projections ont été présentées lors du briefing de lancement, sans que les documents de modélisation sous-jacents soient rendus publics à ce stade, ce qui constitue un angle d'investigation que les observateurs du budget public suivront de près.
Adrian Gore, président de Business Leadership South Africa et directeur général de Discovery Limited, a conduit la présentation de la nouvelle orientation. Il a formulé la croissance non pas comme un objectif économique abstrait, mais comme le mécanisme principal de création d'emplois. "La phase 3 est un changement de cap vers une impulsion active de la croissance, afin de pouvoir être compétitifs à l'échelle mondiale, de croître et de créer des emplois", a-t-il déclaré lors du lancement. Cette formulation situe la question de l'emploi en amont de la politique sectorielle, et non comme un effet secondaire attendu des réformes.
Les conditions macroéconomiques citées à l'appui de ce changement de cap sont mesurables et vérifiables. Les coupures d'électricité systématiques, qui pesaient lourdement sur la productivité industrielle et commerciale, ont cessé. Les réseaux logistiques sont en cours de redressement. Le pays enregistre six trimestres consécutifs de croissance positive. Les agences de notation S&P et Fitch ont toutes deux relevé leur appréciation de la dette souveraine sud-africaine. Le rand a progressé de 13% en 2025, sa meilleure performance en seize ans. L'inflation s'établit à 3,2%, le niveau le plus bas depuis vingt ans. Les rendements obligataires à dix ans se sont resserrés, passant de 10,38% en janvier 2025 à 8,1%, réduisant concrètement le coût du capital pour les emprunteurs publics comme privés. Ces données constituent le terrain sur lequel le partenariat fonde sa crédibilité renouvelée devant les investisseurs et les bailleurs institutionnels.
C'est sur ce socle que le partenariat a retenu quatre secteurs comme vecteurs prioritaires de croissance: l'infrastructure, les mines, le tourisme et l'agriculture. Le critère de sélection est explicite: chacun de ces secteurs présente une capacité à générer de l'emploi sans exiger de longues qualifications préalables, une contrainte pratique compte tenu de l'ampleur et du calendrier de l'objectif affiché.
Le tourisme illustre la logique d'efficacité retenue. Selon les données présentées lors du lancement, un emploi permanent est créé pour chaque groupe de 13 visiteurs entrant en Afrique du Sud. Le secteur minier représente 6% du PIB national, soutient 470 000 emplois et génère 800 milliards de rands d'exportations annuelles. Le pays détient des réserves mondiales de premier rang en métaux du groupe du platine et figure dans le top cinq mondial pour l'or, le vanadium et les diamants. L'agriculture présente un avantage géographique directement exploitable: l'Afrique du Sud est le premier producteur mondial d'agrumes et de noix de macadamia, et ses récoltes coïncident avec la contre-saison de l'hémisphère nord, un positionnement commercial qui ne nécessite pas de transformation technologique fondamentale pour être valorisé.
L'infrastructure constitue le quatrième pilier, et le plus capitalistique. Un arriéré d'investissement de 2 000 milliards de rands s'est accumulé sur la décennie à venir. Les responsables font valoir que la profondeur des marchés de capitaux domestiques sud-africains permet de structurer des projets d'infrastructure bancables comme actifs investissables, une capacité que le partenariat présente comme distinctive dans le contexte africain. La question de savoir quels projets spécifiques seront mis en oeuvre, avec quels opérateurs et selon quel calendrier de décaissement, reste à documenter.
Gore a reconnu, lors du lancement, que les travaux de stabilisation engagés dans les phases précédentes restent inachevés, notamment en matière d'infrastructure énergétique. La performance du système judiciaire et la sécurité publique sont identifiées comme des "multiplicateurs de confiance" pour l'ensemble de la stratégie: des progrès dans ces domaines sont censés amplifier les retombées des investissements sectoriels. Ce lien de causalité supposé entre justice, sécurité et rendement économique mérite un suivi rigoureux dans les prochains rapports d'étape du partenariat.
Le président Cyril Ramaphosa a pris la parole lors du lancement pour situer l'évolution institutionnelle du dispositif. "Ce qui a commencé comme une plateforme pour faire face à de multiples crises est devenu une plateforme pour la croissance et la prospérité partagée", a-t-il déclaré, ajoutant qu'une croissance économique "plus rapide et plus inclusive est à notre portée". Le partenariat a traversé trois phases distinctes: la première ciblait la réforme d'Eskom, la logistique et la réduction de la criminalité; la deuxième s'est concentrée sur les réformes sectorielles; la troisième engage désormais gouvernement et secteur privé vers une exécution directe des cibles de croissance. La question que les prochaines années devront trancher est de savoir si cet alignement institutionnel se traduira en déploiements concrets d'infrastructure, en expansion minière, en développement touristique et en montée en puissance agricole, ou si les écarts entre objectifs annoncés et dépenses effectives justifieront un examen public plus approfondi des mécanismes de redevabilité du partenariat.